Double attentat terroriste contre la communauté juive d'Istanbul, 20 morts
Motzae Shabbath Vayera 20 Mar-Heshvvan 5763 / 15 novembre 2003, 20h09
Double attentat terroriste contre la communauté juive d'Istanbul, 20 morts
ISTANBUL, Detroit du Bosphore (Turquie) - Deux attentats terroristes à la voiture piégée, presque simultanés, ont frappé samedi matin la communauté juive de Turquie, faisant 20 morts et environ 300 blessés près de deux synagogues d'Istanbul, la plus grande ville du pays.
La moitié du nombre de personnes assassinees dans les attentats d'Istanbul sont des Juifs, a déclaré dans la soirée l'ambassadeur d'Israël en Turquie, Pinhas Avivta, à la seconde chaîne de la télévision publique israélienne.
Le Premier ministre israélien Ariel Sharon a exprimé sa "douleur" et son "émotion", à titre personnel et au nom de son gouvernement, après ce double attentat contre la petite communauté juive de Turquie, forte de 35.000 membres vivant surtout à Istanbul.
Auparavant, le chef de la diplomatie israélienne Sylvan Shalom avait appelé la communauté internationale à combattre les "forces du mal" responsables de ces attentats terroristes.
Les attentats ont fait 20 morts et quelques 300 blessés, selon un nouveau décompte fourni par la Direction de la Sûreté d'Istanbul.
L'un des attentats a visé la synagogue de Neve Shalom à Beyoglu, l'autre la synagogue Beth Israël à Sisli, distante de deux kilomètres.
"Des voitures piégées ont été utilisées pour les deux explosions", a immédiatement annoncé le ministre turc de l'Intérieur, Abdulkadir Aksu. Plus tard, il a déclaré que "des attentats suicide pourraient être à l'origine du drame".
La synagogue Neve Shalom, la plus grande d'Istanbul, avait déjà été la cible d'un attentat terroriste en 1986 qui avait fait 22 victimes. Les attentats antisémites sont pourtant rares en Turquie, un Etat laïc majoritairement musulman.
Selon un porte-parole du grand rabbinat d'Istanbul, Silvio Ovadia, quelque 300 personnes étaient rassemblées dans ces lieux de culte, pour la prière du samedi, au moment des attentats terroristes.
La façade de la synagogue Neve Shalom s'est effondrée sous la violence de l'explosion, et la rue présentait samedi l'aspect d'une scène de guerre, un cratère creusant la chaussée.
"C'était comme un tremblement de terre", "quelque chose d'inhumain", racontait un commerçant de 40 ans. "C'était une explosion à rendre sourd", renchérissait un ouvrier d'un atelier tout proche. "Nous avons été noyés pendant 15 minutes dans un nuage de poussière", ajoutait un autre témoin.
Selon Anatolie (agence de presse turque, NDLRectification), un homme a revendiqué les attentats au nom du gang extrémiste du Front islamique des combattants du Grand-Orient (IBDA-C), affirmant qu'ils avaient pour but de "mettre fin à l'oppression visant les musulmans".
L'IBDA-C, fondé en 1985, a pour objectif d'instaurer un Etat islamique en Turquie et a perpétré plusieurs attentats contre des bars, des discothèques et des églises à Istanbul. Il est en sommeil depuis l'arrestation en 1998 de son caid, Salih Mirzabeyoglu.
M. Aksu a indiqué que les autorités n'avaient pas confirmation de cette revendication. Il a évoqué une possible piste internationale, en termes moins affirmatifs cependant que le ministre turc des Affaires étrangères, Abdullah Gul, pour qui il s'agit d'"un acte terroriste aux ramifications internationales".
"Il se peut que cela ne soit pas une organisation de chez nous à cause de l'ampleur (des attentats)", a déclaré M. Aksu, soulignant qu'il était encore "très tôt" pour arriver à des conclusions.
Les messages de condoléances ont afflué vers la Turquie, dont le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a vivement condamné ces attentats, estimant qu'ils visaient "la stabilité et la paix" de son pays.
Le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan s'est dit "atterré par les pertes humaines" provoquées par ces "actes haineux".
Le président américain George W. Bush a aussi condamné "de la manière la plus forte les attentats terroristes" d'Istanbul.
Le président de la Commission européenne, Romano Prodi, s'est rendu à la synagogue de Milan (nord de l'Italie) pour présenter les condoléances de "toute l'Union européenne" à la communauté juive.
De nombreux pays européens, dont la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la Suisse et la Russie, ainsi que le Pakistan et l'Egypte, ont été unanimes dans leur condamnation des attentats.
Au Caire, le secrétaire général de la Ligue des dictatures arabes, Amr Moussa, les a aussi condamnés, mais en a attribué la responsabilité à Israël (sic). "La responsabilité de tout cela incombe à la politique israélienne", a affirmé Moussa.
Le pape Jean Paul II a lancé un appel "pour la paix et contre le terrorisme" dans un télégramme de condoléances adressé à "toute la nation turque et aux personnes concernées".